«
La vie humaine peut être comparée à une course, et quoique la comparaison ne soit
pas juste à tous égards, elle suffit pour nous remettre sous les yeux toutes
les passions dont nous venons de parler. Mais nous devons supposer que dans
cette course on n’a d’autre but et d’autre récompense que de devancer ses
concurrents.
S’efforcer, c’est appéter ou désirer.
Se relâcher, c’est sensualité.
Regarder ceux qui sont en arrière, c’est gloire.
Regarder ceux qui précèdent, c’est humilité.
Perdre du terrain en regardant en arrière, c’est vaine
gloire.
Être retenu, c’est haine.
Retourner sur ses pas, c’est repentir.
Être en haleine, c’est espérance.
Être excédé, c’est désespoir.
Tâcher d’atteindre celui qui précède, c’est émulation.
Le supplanter ou le renverser, c’est envie.
Se résoudre à franchir un obstacle prévu, c’est
courage.
Franchir un obstacle soudain, c’est colère.
Franchir avec aisance, c’est grandeur d’âme.
Perdre du terrain par de petits obstacles, c’est
pusillanimité.
Tomber subitement, c’est disposition à pleurer.
Voir tomber un autre, c’est disposition à rire.
Voir surpasser quelqu’un contre notre gré, c’est pitié.
Voir gagner le devant à celui que nous n’aimons pas,
c’est indignation.
Serrer de près quelqu’un, c’est amour.
Pousser en avant celui qu’on serre, c’est charité.
Se blesser par trop de précipitation, c’est honte.
Être continuellement devancé, c’est malheur.
Surpasser
continuellement celui qui précédait, c’est félicité.
Abandonner la course, c’est
mourir. »
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