Je n'aime rien tant que faire coudre ma grand-mère. Je me sens alors comme une petite fille - il manque seulement à cette reconstitution du passé le vrombissement circulaire de la machine à coudre s'emballant sous l'action de la pédale. Elle semble elle aussi s'en trouver rajeunie et ses yeux myopes, presbytes et affectés d'autres maux dont je ne sais pas les noms, ne peinent pas à enfiler le fil aussi fin soit-il dans le minuscule chat de ses aiguilles. Elle chausse le vieux dé au bout de son doigt et me raconte ses histoires de brodeuse qui rebouchait si bien les boutonnières «qu'on en a profité jusqu'à la gauche». Je regarde jouer ses auriculaires dont la forme courbe et noueuse a été imprimée par la répétition des ouvrages. C'est ainsi que j'aimerais toujours la voir, moi 7 ans, elle 75 ; aussitôt je marche à sa droite sur le chemin de l'école, suspendue à son bras, et nous dévalons en trottinant la longue descente dont, pour monter ensuite en une pente abrupte, je ne voyais pas l'utilité. J'ai alors l'impression d'avoir à mon côté cette grand-mère extraordinaire qui remplit à merveille la vingtième question du questionnaire de Proust.
C'est un très beau texte !!! C'est autobiographique ou c'est de la fiction ? En tout cas c'est vraiment bien écrit. J'aurais adoré avoir des souvenirs de mes grands mères.
RépondreSupprimerJ'aime.
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