Ce soir, comme les autres, où tout n’est plus que confusion dans sa tête, où elle ne sait plus vraiment qui je suis, ce que nous avons pu partager ou même quel lien du sang me rattache à elle, je la regarde couper en petits morceaux, pour les oiseaux, mon flan à la noix de coco. Sa tête pèse de tout son poids sur sa main, son coude étant lui-même appuyé sur la table, et la petite cuillère tranche avec un mol agacement le gâteau en petites miettes qui viennent s’écraser sur l’assiette à dessert. L’éclairage faiblard de l’abat-jour orange rend la scène tout à fait pathétique.
Alors qu’elle laisse tomber ces pitoyables restes, qui feront office de dîner pour le chat ou l’oiseau qui se trouvera à passer par là, dans les buissons qui poussent sous sa fenêtre, elle entreprend dans le même temps de fermer les volets – il est 18h, l’heure d’hiver nous prive déjà du soleil, et voilà une habitude qu’elle n’a pas perdue : elle ne supporte pas d’allumer la lumière si celle-ci permet aux curieux de nous apercevoir depuis l’extérieur. Par réflexe je me lève moi aussi : la fenêtre étant en deux parties, et les deux volets trop espacés l’un de l’autre, il faut ou bien être deux pour y parvenir d’un coup, ou bien en rabattre un seulement, puis faire le tour de la table qui se trouve au centre de la cuisine pour aller attraper le deuxième morceau de volet et le fermer entièrement pour de bon. Mais cette fois j’attends à la fenêtre, coincée entre les deux vitres ouvertes, le bras tendu maintenant le volet de gauche refermé. J’attends que sa moitié rejoigne la mienne, en vain : elle accroche la partie droite (puisque c’est elle qui détient le mécanisme qui permet de verrouiller le volet) à l’attache qui dépasse au centre du rebord de la fenêtre, et laisse la mienne pendre dans le vide.
Maintenant elle me regarde interloquée - ou plutôt d’un air neutre, car son visage est totalement inexpressif, elle me fixe en réalité comme si ses yeux s’accrochaient au vide. Elle ne comprend pas que nous n’allions pas chercher du lait chaque matin. Je suppose qu’elle mélange la timbale et le magasin, la brique de lait vendue par huit et la ferme d’autrefois.
Voilà les seules conversations que nous ayons.
Alors qu’elle laisse tomber ces pitoyables restes, qui feront office de dîner pour le chat ou l’oiseau qui se trouvera à passer par là, dans les buissons qui poussent sous sa fenêtre, elle entreprend dans le même temps de fermer les volets – il est 18h, l’heure d’hiver nous prive déjà du soleil, et voilà une habitude qu’elle n’a pas perdue : elle ne supporte pas d’allumer la lumière si celle-ci permet aux curieux de nous apercevoir depuis l’extérieur. Par réflexe je me lève moi aussi : la fenêtre étant en deux parties, et les deux volets trop espacés l’un de l’autre, il faut ou bien être deux pour y parvenir d’un coup, ou bien en rabattre un seulement, puis faire le tour de la table qui se trouve au centre de la cuisine pour aller attraper le deuxième morceau de volet et le fermer entièrement pour de bon. Mais cette fois j’attends à la fenêtre, coincée entre les deux vitres ouvertes, le bras tendu maintenant le volet de gauche refermé. J’attends que sa moitié rejoigne la mienne, en vain : elle accroche la partie droite (puisque c’est elle qui détient le mécanisme qui permet de verrouiller le volet) à l’attache qui dépasse au centre du rebord de la fenêtre, et laisse la mienne pendre dans le vide.
Maintenant elle me regarde interloquée - ou plutôt d’un air neutre, car son visage est totalement inexpressif, elle me fixe en réalité comme si ses yeux s’accrochaient au vide. Elle ne comprend pas que nous n’allions pas chercher du lait chaque matin. Je suppose qu’elle mélange la timbale et le magasin, la brique de lait vendue par huit et la ferme d’autrefois.
Voilà les seules conversations que nous ayons.
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