"Tu viens avec moi ?" me demanda-t-elle cette fois-là, ce soir de Noël, pour que je vienne avec elle qui allait se coucher.
Je ne sais pas ce qui pouvait bien se cacher de si effrayant dans ce lit qui en avait pourtant vu, des années et des corps endormis, des nuits d'amour, des enfants aux yeux rougis blottis entre deux parents après un terrible cauchemar, et peut-être même des femmes accouchées. À 89 ans il me semblait pourtant que les fantômes avaient cessé depuis bien longtemps de hanter nos chambres et les monstres d'habiter sous nos sommiers - même si les murs de cette pièce avaient vu un homme se donner la mort et attendre, allongé et inerte pour de bon, que l'on découvre son corps empoisonné.
Ce qui se blotissait sous le sien était bien pire, bien plus effrayant encore que toutes les fantasmagories enfantines ; il faisait naître en elle des peurs paniques.
C'était la mort même, sa propre mort.
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